septembre 18 2014 0Commentaire

Le concept TOD et la sécurité civile

Historiquement, les voies ferrées ont toujours fait partie du développement des villes et villages et ont su contribuer au développement économique. Il en est encore ainsi. Le concept et l’utilisation polyvalente des voies ferrées ont cependant évolué. Avec le phénomène de l’étalement urbain et la popularité grandissante des banlieues, la voie ferrée a changé de vocation. À travers la satisfaction des uns et l’opposition des autres, les voies ferrées se partagent maintenant la route entre matières dangereuses et transport de personnes. Du point de vue de la sécurité civile, cette combinaison amène une autre dimension et mérite une réflexion profonde sur la prévention des risques et l’atténuation des conséquences. Un enjeu qui affecte aussi l’aménagement du territoire qui est en pleine mutation avec ses concepts tournés vers l’amélioration de la qualité de vie et de l’environnement.

Transit Oriented Development (TOD)

Quand on parle de développement de noyaux urbains autour de pôles de transports collectifs, nous faisons référence au concept d’urbanisme TOD : Transit Oriented Development. Il y a du pour, il y a du contre. L’idée est de rendre le transport facile aux utilisateurs et de créer autour de lui des modes de transport accessibles et à proximité. Le Transit Oriented Development vise à combattre la congestion urbaine et routière, à réorganiser et optimiser le tissu urbain, à répondre aux enjeux sociaux et environnementaux, et à accroître la prospérité. C’est une approche très populaire aux États-Unis. Les développeurs choisissent le nœud de transport qui attirera le plus d’intérêt. Aujourd’hui, le transport collectif devient une priorité. Le TOD vise à aménager des quartiers denses, multifonctionnels, autour des transports collectifs. Certains principes et objectifs sont favorisés tels que la qualité de vie, la diversité et l’accessibilité tant résidentielle que commerciale, les espaces publics, les services de proximité. De nouveaux quartiers naissent conformes à ces objectifs.

De la pratique à la réalité

Le Village de la gare, à Mont-Saint-Hilaire, se situe à une cinquantaine de kilomètres de Montréal et la ligne de train St-Hilaire-Montréal dessert ses usagers quotidiennement. En matière d’aménagement urbain on y retrouve les paramètres du TOD. Une gare de train, un stationnement et des maisons, condos et appartements répartis tout autour. Le train de banlieue Mtl-St-Hilaire emprunte des voies du CN. La cohabitation entre le transport d’usagers et le transport de matières dangereuses est donc bien réel et soulève son lot de préoccupations. Aussi, la proximité entre les voies ferrées et les domiciles fait d’ailleurs ressurgir la probabilité de risques. Il s’agit là d’un exemple frappant du concept TOD versus la sécurité civile. Bien que le concept soit orienté vers les besoins et les habitudes de vie des banlieusards, la sécurité civile est-elle affectée, le niveau de risques est-il accru?

Les matières dangereuses

La tragédie du Lac-Mégantic est sans doute le cas le plus réel et le plus récent pour entretenir le débat sur la problématique reliée à la cohabitation entre matières dangereuses et collectivité à proximité des voies ferrées. Mais il y a encore plus : imaginez l’équation quand on y ajoute des passagers.

Tout le monde à bord

À l’est de Montréal et dans la couronne nord-est (Repentigny, Terrebonne et Mascouche), le Train de l’Est viendra combler sous peu le manque d’infrastructures permanentes de transport collectif. Le parcours ferroviaire de 52 km entre la Gare Centrale de Montréal et celle de Mascouche pourra accueillir 5 500 passagers par période de pointe. Le parcours vise à transporter que des usagers et il n’est pas prévu de transiter de matières dangereuses. Toutefois, un mur de protection est érigé à Repentigny puisqu’une usine d’explosifs se trouve à proximité du parcours. Quand on parle de matières dangereuses, il est impératif d’analyser et de prévenir les risques.

Les risques et l’aménagement du territoire

Le transport ferroviaire est une nécessité et il est au cœur de notre vie et de nos municipalités. D’un côté, la logique veut que les corridors ferroviaires se partagent la route, avec matières dangereuses ou pas. De l’autre côté, on continue d’aménager les territoires et les quartiers en fonction des besoins et de la mobilité des usagers. Pensons au concept TOD. Protéger les citoyens contre les possibilités d’accident impliquant des matières dangereuses fait partie de notre responsabilité civile. Dans cette optique, les lois et les règlements prennent tout leur sens et la sécurité civile s’invite comme un jalon important au chapitre des priorités d’action. Heureusement, nos gouvernements ne sont pas insensibles à la situation et des plans d’action sont mis de l’avant pour faire face aux enjeux divers. Pour assurer la sécurité des citoyens, on se doit de regarder la situation sur tous ses volets. Le transport des matières dangereuses, l’aménagement du territoire, et les habitudes de vie de la population constituent un tout sur lequel le développement urbain est fondé. Le défi est de protéger les milieux de vie des usagers tout en veillant à sauvegarder la pérennité des corridors ferroviaires.

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