août 05 2020 1Commentaire

Explosions à Beyrouth : 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium impliquées

La situation particulière de l’agriculture au Québec.

 

Le mardi 4 août 2020, une explosion gigantesque a ravagé la zone portuaire et le centre-ville de Beyrouth au Liban. Selon les premières constatations, l’une des causes de cette catastrophe serait l’entreposage non sécuritaire à long terme d’une grande quantité de nitrate d’ammonium.

Le nitrate d’ammonium étant un engrais parmi les plus utilisés dans le monde, le Québec est-il à risque de subir un événement similaire ? Heureusement, la réponse est non !

Le nitrate d’ammonium, aussi appelé ammonitrate, est un engrais qui se présente habituellement sous forme de granulés blancs. On peut l’utiliser tel quel en le dispersant au sol ou on peut le dissoudre et arroser les champs pour obtenir un effet rapide. Il est utilisé dans le monde entier pour améliorer les rendements.

Cet engrais azoté est très utile, car les plantes peuvent l’assimiler directement et rapidement par leur réseau de racines. Toutes les plantes ont besoin d’azote pour se développer et, ajouter de l’azote au bon moment dans le sol pour la croissance des plantes évite l’appauvrissement des sols par l’agriculture intensive. Ce faisant, on peut produire plus de cultures sur moins de sol et, en ce sens, un bon usage des engrais permet d’éviter l’étalement de l’agriculture sur les milieux sauvages et la préservation de notre qualité de vie.

Le nitrate d’ammonium est utilisé en tant qu’engrais depuis plus de 150 ans et il est aussi connu comme matière dangereuse depuis presque aussi longtemps.

Au Canada, le nitrate d’ammonium est un produit contrôlé et réglementé. Il est soumis à plusieurs lois en tant que matière dangereuse, entre autres comme précurseur d’explosif. À ce titre, les ventes, le transport, l’entreposage et l’usage du nitrate d’ammonium répondent à des obligations strictes de sécurité afin de s’assurer que le danger est minimisé et bien géré par tous les intervenants.

En tant que produit réglementé au Canada par différents ministères, les entités en possession de nitrate d’ammonium doivent faire des études de risques et avoir des plans de mesures d’urgence visant à protéger la population.

Le nitrate d’ammonium, comme ses dérivés, est soumis à plusieurs normes strictes. Ainsi, il doit être entreposé de façon à l’isoler des produits incompatibles, corrosifs et/ou inflammables. Les bâtiments qui servent à l’entreposage doivent être conçus pour le protéger adéquatement et minimiser les risques en cas d’incendie.

La détonation explosive d’un stock de nitrate d’ammonium est considérée comme très peu probable au Québec pour les produits conformes aux normes et stockés dans les conditions prescrites.

De plus, ce produit est de moins en moins utilisé au Québec. Omniprésent dans l’agriculture au Québec il y a 15 ou 20 ans, le nitrate d’ammonium a été rapidement et efficacement remplacé par des dérivés plus sécuritaires.

À la suite de plusieurs incidents et du resserrement de la réglementation, les grands manufacturiers d’engrais ont développé des dérivés du nitrate d’ammonium contenant du calcium (un autre oligoélément nutritif essentiel pour les plantes) qui ont été prouvés plus sécuritaire et non-détonants. Les produits comme l’ammonitrate de calcium ou l’ammonitrate-calcium-sulfate ont effectivement pratiquement remplacé le nitrate d’ammonium pour les grandes cultures d’ici.

Au Québec, rares sont les agriculteurs qui utilisent le nitrate d’ammonium pur ou un dérivé tel l’ammonitrate de calcium pur. Il est habituellement mélangé à d’autres produits et engrais selon les besoins des cultures avant la vente et la livraison aux champs, ce qui dilue d’autant sa dangerosité.

Aussi, notre paysage agriculturel est dominé par des fermes et des coopératives de moyenne envergure, et non pas par des géants agricoles comme dans certains autres pays. C’est pourquoi nous avons au Québec non pas quelques entrepôts géants avec de grands volumes, mais plutôt une distribution de plusieurs dizaines d’entrepôts d’engrais partout sur le territoire.

Grâce à cette spécificité québécoise, rares sont les entrepôts de plus de 150 à 200 tonnes d’engrais azoté, soit dix fois moins que la quantité impliquée à Beyrouth. Et les engrais azotés utilisés ici sont parmi les plus sécuritaires au monde.

Prudent Groupe Conseil participe à ces efforts de bonne gestion des matières dangereuses et est en première ligne dans la protection de nos communautés.

 

 

THIERRY TRANO, Ing.

Ingénieur risques industriels et mesures d’urgences

 

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1 commentaire

  1. Thierry, tu m’épates avec le détail que tu nous fournis, je t’ai connu chez Univar comme ingénieur chimiste, mais pas à un point d’éditer un sujet de ce calibre.
    Je te félicite et te remercie du fond du cœur pour cet analyse.
    Embrasse Sabine et les enfants.

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