janvier 21 2015 0Commentaire

La PCAM, vous connaissez?

L’acronyme PCAM signifie la prévention du crime par l’aménagement du milieu. Pour nos amis anglophones, la PCAM est communément appelée, CTPTED   (Crime Prevention Through Environmental Design). L’approche (PCAM) dont il est question aujourd’hui a été inspirée par les travaux de Mme Elizabeth Wood durant les années 60. Cette dernière était responsable de l’aménagement urbain de la ville de Chicago. En adoptant une nouvelle approche d’aménagement du milieu, elle a réussi à améliorer  la qualité de vie des citoyens et à réduire la criminalité. En 1971, inspiré par les travaux de Mme Wood,  le criminologue Ray Jeffery publia le livre « Crime Prevention Through Environmental Design ». Ce livre, plutôt conceptuel, a passé relativement inaperçu, car il manquait d’exemples concrets de design permettant de mettre en pratique la théorie. La PCAM a suscité plus d’attention lorsque que l’architecte Oscar Newman publia son livre sur le sujet, Defensible space; crime prevention through urban design, qui lui, contrairement au livre de Jeffery, contenait plus d’exemples applicables et d’illustrations.

La base théorique de la PCAM est qu’une conception appropriée du milieu et une bonne utilisation de ce dernier permettent de réduire les opportunités criminelles et diminuent ainsi le sentiment d’insécurité des occupants. LA PCAM est donc une bonne approche pour réduire la criminalité venant des délinquants opportunistes.

La PCAM est constituée de trois principes directeurs, soit la surveillance naturelle, le contrôle d’accès naturel et la territorialité. Qui plus est, ces principes sont fortement dépendants les uns des autres.

 

Surveillance naturelle

La prémisse de base veut que les délinquants ne désirent pas être repérés lorsqu’ils passent à l’acte. C’est pour cette raison que le premier principe est d’améliorer la surveillance du milieu. Un milieu dont l’aménagement du territoire fait en sorte que l’on puisse maximiser la surveillance naturelle aura comme conséquence de modifier le calcul de risque du délinquant. Ce dernier aura donc  plus de réticence à passer à l’acte.

Afin d’augmenter la surveillance naturelle, plusieurs techniques sont disponibles. D’emblée, on pense à un éclairage adéquat des trottoirs, sentiers, stationnements, entrées et espaces de vie. La construction de bâtiments ayant des fenêtres orientées de manière à pouvoir observer le milieu (stationnement, rue, cour arrière, entrée, etc.). Une autre mesure consiste à augmenter la présence des citoyens dans l’environnement en mettant à leur disposition des places publiques, agoras, bancs, tables de pique-nique, terrains de jeu, etc. De plus, le fait d’éliminer les obstacles pouvant affecter le champ de vision des occupants augmentera les probabilités de détection d’une personne non autorisée.

 

Contrôle naturel de l’accès

Ce deuxième principe, quant à lui, vise à réduire les opportunités criminelles en interdisant l’accès aux cibles potentielles. Le contrôle des accès dépend des portes, clôtures, arbustes et tout autre élément physique permettant d’empêcher l’accès aux personnes non autorisées, mais également de délimiter les espaces publics, semi-publics et privés. Ainsi, en ayant une démarcation visible du territoire, on envoie un message clair aux personnes non autorisées qu’elles seront perçues et surtout considérées comme des intrus si elles s’aventurent dans une zone autre que publique. Le design des rues, les trottoirs,  chemins piétonniers servent également à délimiter les espaces publics des espaces privés. Couplé à la surveillance naturelle, le contrôle naturel de l’accès augmente également la perception du risque auprès du délinquant avec pour conséquence une hésitation de pénétrer dans une zone définie comme étant privée afin de procéder à une activité criminelle.

 

Renforcement territorial

L’objectif ici est d’inciter les résidents à s’approprier leur milieu de vie afin que le délinquant sente que le territoire n’est pas laissé à lui-même. Le renforcement territorial dépend beaucoup des mesures liées à la surveillance naturelle et celles du contrôle naturel des accès. On n’a qu’à penser aux places publiques qui augmentent les interactions entre citoyens et aux différentes mesures délimitant le territoire. Ainsi, en ayant un environnement propice à la surveillance naturelle et en délimitant les espaces, le délinquant sait qu’il est dans une zone à risque quant à la probabilité de détection, car les utilisateurs des lieux seront plus aptes à le détecter et surtout plus enclins à intervenir, grâce à un sentiment de territorialité fort.

Il est primordial de bien veiller à l’entretien du milieu, car cela lance le message aux étrangers que le milieu est utilisé par des occupants ayant un fort sentiment de territorialité. A contrario, un milieu mal entretenu fera croire que les utilisateurs ont une plus grande tolérance au désordre et qu’ils tiennent moins à leur milieu. Le principe de bien entretenir le milieu comme mesure pour réduire la criminalité prend source dans la théorie de la fenêtre brisée de Wilson et Kelling. Cette théorie veut que si on ne répare pas une fenêtre brisée dans un bâtiment, cela risque d’inciter d’autres vandales à en briser d’autres et d’escalader vers d’autres délits. Par contre, si on la répare rapidement, si on peint sur un graffiti rapidement, on réduit considérablement les chances que cela se reproduise.

Pour terminer, il est important de signaler que la PCAM ne s’applique pas uniquement à l’aménagement des espaces publics et des quartiers résidentiels. Les mesures de prévention peuvent facilement être exportables en entreprise privée. Pour avoir de meilleurs résultats, certains principes de PCAM doivent être intégrés dans les étapes de planification d’un bâtiment ou d’un milieu. Cela dit, il peut être possible d’appliquer ces principes dans des bâtiments ou milieux existants, mais on risque de croiser des zones qui ne pourront en bénéficier. Dans ces situations, les moyens plus conventionnels de sécurité physique pourront pallier à ces situations.

 

Par Stéphane Briard

 

Sources :
http://www.rcmp-grc.gc.ca/pubs/ccaps-spcca/safecomm-seccollect-fra.htm
http://cptedontario.ca/
http://www.torontopolice.on.ca/crimeprevention/environmental.pdf

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