octobre 01 2014 0Commentaire

Tireur actif, peut-on s’y préparer réellement?

À l’instar de plusieurs écoles, universités et collèges aux États-Unis, le Québec a connu plus que toute autre province canadienne, des tragédies impliquant la présence d’un tireur dans un établissement d’enseignement. Aux É.-U., il n’y pas un mois qui passe sans qu’un tel évènement ne survienne.

Depuis la tuerie du Collège Dawson en 2006, plusieurs mesures ont découlé des recommandations du rapport du coroner Ramsey. Par exemple, le guide PRES (Plan de réponse établissement sécuritaire) produit en 2009 par la Sûreté du Québec est l’une des mesures prises. Outre le fait que les autorités policières se préparent à répondre à la présence d’un tireur actif ou à la présence d’une personne armée en établissement d’enseignement, la mise en place de mesures de préparation concrètes est plus difficilement observable.

A-t-on besoin de rappeler que l’objectif principal visé par les mesures de préparation consiste essentiellement à faire en sorte qu’il y ait le moins de victimes et de personnes blessées possibles. Malheureusement, c’est la dure réalité.
Au départ, le fait d’avoir une personne armée qui tire activement sur tout ce qui bouge fait en sorte que nous ne sommes pas à armes égales et que, par conséquent, il y aura des victimes. Alors, la vraie question à se poser est : COMMENT FAIRE POUR QU’IL Y EN AIT MOINS ?

 

Aux États-Unis et dans certains pays d’Europe, nous avons vu apparaître des portiques de détection de métaux, des points de contrôle et de fouille ainsi que le déploiement d’agents de sécurité armés, comme dans les aéroports. Certains états américains vont même jusqu’à permettre aux enseignants de porter une arme à feu en classe. Plus récemment, des écoles ont fait l’acquisition de couvertures de protection en Kevlar afin de protéger les enfants contre les balles d’un éventuel tireur. Il n’y a donc pas de limite aux mesures de protection.

Au Canada, le contrôle des armes à feu en limite la libre circulation. Toutefois, cette mesure n’a eu aucun effet sur la tragédie de Dawson, car l’arme utilisée avait été acquise légalement et était enregistrée.

Dans un tel contexte, comment pouvons-nous nous protéger adéquatement ? En fait, c’est un ensemble de mesures de préparation qui peut faire la différence sur les conséquences d’un tel acte de violence. Sommairement, ces mesures sont de nature administrative, physique et consistent par le conditionnement préalable des individus.

 

J’entends par mesure administrative la déclaration d’une volonté claire de la direction d’un établissement. Celle-ci s’exprime par la mise en place d’un plan d’action détaillé en matière de préparation aux actes de violence. Le plan pourrait notamment comprendre l’identification d’objectifs précis et détaillés, la désignation de personnes mandatées pour réaliser ces objectifs, ainsi que les moyens financiers pour y arriver .

Le plan d’action devrait également comporter une politique de contrôle des accès, des lignes directrices à l’égard de l’aménagement physique des accès aux établissements, l’obligation de tenir des séances de formation et un exercice annuel de confinement barricadé. De plus, ces objectifs devraient être intégrés dans l’évaluation annuelle des gestionnaires concernés. Enfin, un rapport annuel d’état d’avancement et de maintien de l’état de préparation devrait être produit et présenté au conseil d’administration de l’établissement. Cette obligation permet, en règle générale, d’assurer une certaine pérennité des actions à long terme et rend imputable l’ensemble de la chaîne de direction à cet égard.

 

Les mesures de nature physique comportent un certain nombre d’aménagements des lieux et l’installation de dispositifs mécaniques qui permettront de retarder l’entrée du tireur dans l’établissement ou d’en limiter, au maximum, sa progression.

Pour une école primaire ou secondaire, par exemple, je réfère ici au fait que tous les accès de l’école devraient être par défaut fermés et contrôlés à l’aide d’un système de contrôle d’accès doté d’un interphone et d’une caméra de surveillance des entrées. Par la suite, une fois rendus à l’intérieur, des sas devraient être créés afin que le tireur ne puisse circuler facilement dans les différents secteurs.

À ces mesures, s’ajoutent également la présence d’un système d’alerte et d’appel de masse (interne et externe) qui permettra aux membres du personnel de choisir entre évacuer immédiatement le bâtiment ou de se mettre à l’abri à l’intérieur d’une classe, d’un bureau, etc. Dans ce cas, nous aurons pris également soin de nous assurer que les classes et locaux sont dotés d’un dispositif de verrouillage interne et qu’il est possible d’obstruer la vue à l’intérieur de la pièce, si celle-ci est dotée d’une vitre.

Toutefois, les cégeps et universités peuvent plus difficilement, par la nature de leurs activités, être aménagés avec un système de contrôle des accès aux entrées, considérant le volume de circulation qu’ils engendrent. De plus, le fait qu’ils sont composés d’une clientèle généralement adulte fait en sorte que nous devons privilégier l’alerte de masse à la communauté et la diffusion des mesures à prendre en cas de présence d’un tireur actif.

 

Le troisième volet de l’état de préparation adresse le conditionnement préalable des individus à faire face à une situation de tireur actif. Il s’agit ici de communiquer, à TOUTE PERSONNE CONCERNÉE, les mesures à prendre en cas de présence soudaine d’une personne armée et qui tire dans l’établissement. Ces mesures devraient être communiquées annuellement, c’est-à-dire lors de la rentrée d’automne. De plus, un exercice d’alerte visant à faire connaître aux occupants les moyens sonores ou visuels déployés pour les alerter lors d’un tel évènement devrait être effectué. Une simulation de confinement barricadé devrait être tenue annuellement.

Et c’est là que tout s’arrête généralement…. La plupart des directions ne voulant pas se rendre jusqu’à organiser une telle simulation. D’ailleurs, même l’exercice d’évacuation en cas d’incendie est souvent omis… malgré le fait qu’il soit légalement obligatoire.

 

Dans cet article, je n’ai abordé qu’une infime partie des défis que représente la présence d’un tireur actif dans un établissement d’enseignement. Je n’ai survolé que l’aspect préparation à un tel évènement. En fait, pouvons-nous réellement et adéquatement nous préparer et nous conditionner à faire face à un tireur actif ?

Personnellement, je crois que l’humain va réagir comme tout animal, soit qu’il va confronter le tireur afin de le maîtriser, ou il va fuir car il aura jugé qu’il n’a aucune chance de rester en vie !

Et vous, comment allez-vous réagir si vous ne vous êtes pas préalablement posé la question ? Car se poser la question est le début du conditionnement !

Bonne réflexion !

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