octobre 24 2014 0Commentaire

Virus Ebola et état de préparation permanent

Après le SIDA au début des années 80, le SRAS de 2003, le H1N1 de 2009, sans oublier la menace à l’Anthrax et le bio terrorisme en 2002, le virus de l’Ebola est le sixième épisode d’épidémie / pandémie / menace biologique à survenir depuis les trente dernières années.

Depuis le début de l’éclosion de l’Ebola, j’ai cette vague impression que c’est une surprise pour nos institutions qui semblent avoir oublié l’importance des mesures permanentes de préparation pour faire face à un risque de nature biologique. Ces mesures ne devraient pas être cycliques mais devraient plutôt être permanentes.

L’Ebola, par ses caractéristiques de transmissibilité ressemble beaucoup au SIDA, c’est-à-dire qu’il se transmet principalement par les fluides corporels (sang, vomissures, selles, salive, larmes et sudation). Étant gestionnaire d’un service de prévention et sécurité à l’époque du SIDA, je me souviens très bien des inquiétudes et de la peur du personnel soignant qui intervenait auprès des patients. Avec le temps et les connaissances, la peur s’est estompée et des protocoles cliniques ont été élaborés afin d’assurer la santé et la sécurité des différents intervenants.

 

LA BIOSÉCURITÉ UNE MESURE PERMANENTE DE PRÉVENTION
Outre le fait que le taux de létalité est de plus ou moins 50% dans le cas de l’Ebola, les mesures de protection personnelle et de précaution sont assez similaires à celles d’un patient porteur du sida.

Les mesures de biosécurité sont des mesures qui visent à assurer la sécurité des différents intervenants qu’ils soient paramédic, pompier, policier, personnel médical, ou infirmière scolaire, etc.

Concrètement, ces mesures se déclinent de différentes manières, à savoir :

  • Reconnaître que le danger existe et le communiquer aux personnes pouvant être exposées.
  • Établir un protocole d’intervention qui guidera les intervenants sur la façon dont ils devront s’y prendre en présence d’un risque biologique.
  • Identifier les équipements de protection personnelle et s’assurer qu’ils sont disponibles en quantité et taille suffisante pour les intervenants. Dans le cas d’un risque biologique tel que l’Ebola, on fait référence à des gants en nitrile ou latex, une salopette étanche aux chevilles avec cagoule en Tychem, un masque N-95 pour lequel on aura pris soin de faire un fit-test, des lunettes de protection ainsi qu’une visière de protection complète.
  • Former et exercer le personnel à endosser et travailler avec ce type d’équipement inhabituel et inconfortable.
  • Tenir DES simulations visant à introduire des cas fictifs qui permettront de valider la détection précoce des cas et le respect du protocole.
  • Apprendre des erreurs commises ou du retour d’expérience des autres intervenants et ajuster le protocole au fur et à mesure de nouveaux constats.
  • Auditer régulièrement l’ensemble du processus de réponse afin de s’assurer qu’il soit encore actif et alerte, et rendre compte régulièrement à la haute direction des résultats observés.

 

DES MESURES DE PRÉPARATION PERMANENTE
Dans un tel contexte, quelles sont les mesures de préparation à mettre en place ou qui devraient déjà être présentes? Pour les établissements scolaires, les collèges et universités, il est suggéré de ressortir le plan d’intervention visant à faire face à la pandémie H1N1.

Le plan disposait déjà de mesures d’information, de détection, de signalement de cas et ultimement d’isolement dans les cas confirmés. Il y a beaucoup de similitudes dans ce mode de gestion.

Par ailleurs, pour certains établissements d’enseignement dont le personnel ou les étudiants seraient appelés à voyager dans les pays où le taux de propagation du virus est important (Guinée, Liberia, Sierra Leone), le report du voyage devrait être envisagé ou, à défaut, une mesure de mise en quarantaine préventive à domicile devrait être imposée aux voyageurs au retour.

Il est important de souligner que le plan de pandémie produit par Prudent Groupe Conseil pour les collèges et commissions scolaires couvrait de manière assez large l’ensemble des mesures de prévention et d’intervention. Le rappel des bonnes pratiques pour l’hygiène des mains, l’éthique respiratoire et le port d’équipement de protection pour le personnel affecté au nettoyage sont de mise.

À ce sujet, les mesures visant à nettoyer les lieux sont assez similaires à celles mises de l’avant pendant une période de pandémie, c’est-à-dire l’usage de l’eau de javel à concentration de 5.25% dilué 1:10 et un nettoyage pendant une dizaine de minutes s’appliquerait s’il était nécessaire de nettoyer les fluides humains d’une personne contaminée au virus de l’Ebola.

 

ET SI UN CAS SURVENAIT QUE FAIRE ?
Dans le cas où une personne se présente dans votre établissement scolaire avec des signes et symptômes évidents et qu’elle confirme avoir voyagé ou fréquenté une personne qui provenait d’un pays sous surveillance, la première mesure à prendre est l’isolement immédiat.

Une fois isolée, il sera plus facile de faire intervenir les premiers répondants médicaux qui veilleront à prendre le patient en charge et le référer vers un établissement de santé désigné.

Une fois que la personne aura quitté les lieux, il sera nécessaire d’identifier toutes les personnes qui auraient pu être en contact direct avec celle-ci. C’est à mon humble avis le principal défi que représente la gestion de ce cas.

Chacune de ces personnes devra être informée qu’elle a été en contact avec un cas suspecté d’Ebola. À noter par ailleurs que la période d’incubation varie entre 2 et 21 jours mais que dans la plupart des cas il s’agit de 4 à 9 jours. Les autorités de santé publique sont disponibles via la ligne INFO-SANTÉ au numéro 811 et un conseiller en santé publique pourra se rendre disponible afin de vous assister dans la gestion de ce cas suspect ou confirmé.

Les réseaux sociaux sont les principaux vecteurs de propagation du virus !

De toute évidence, le vrai défi lors d’un tel évènement sera la gestion de l’information et la gestion de la peur qu’engendra la diffusion de l’information via les différents réseaux sociaux ainsi que les médias de masse. C’est une réalité indéniable aujourd’hui. Il y aura lieu de bien mettre en contexte les faits et de communiquer les mesures de précaution qui auront été déployées. Un appui par un médecin de santé publique sera évidemment requis dans un tel cas afin de s’assurer que le message livré est crédible aux yeux de la communauté étudiante.

 

SE PRÉPARER AU PIRE ET ESPÉRER LE MIEUX !
Cette vieille expression est encore à ce jour factuelle et rappelle l’importance de maintenir en permanence votre état de préparation pour faire face à différentes situations d’urgence.

De nos jours, ce n’est pas de savoir si tel ou tel évènement va se produire, c’est de savoir quand il va se produire. Dans le cas des risques biologiques, j’ai fait ressortir au début de cet article que depuis 30 ans six épisodes étaient survenus. De manière plus rapprochée, on en compte cinq au cours des douze dernières années. Je vous invite à revoir votre état de préparation et à maintenir celle-ci de manière optimale.

Actuellement, tous les signes avant-coureurs sont présents pour un premier cas au Canada ou au Québec. Je vous invite à consulter les sites d’information suivants afin de vous tenir informé des différentes mesures de prévention, de préparation et d’intervention :

Centers for Disease Control and Prevention : www.cdc.gov

Organisation mondiale de la santé OMS : www.who.int/fr

Santé Canada : http://canadiensensante.gc.ca

Ministère de la Santé et des services sociaux : www.msss.gouv.qc.ca/sujets/prob_sante/ebola

 

Soyez Prudent et prévoyant, bonne préparation !

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